Le silence régnait dans les galeries sombres de l’Escale de Zorzula. Après leur rude affrontement contre Ruxidit et le gardien du sanctuaire, Eminos, Legrolas, Dragonos et Avarielle avaient accordé à leur corps et leur esprit le repos bien mérité au cœur du sanctuaire encore chaud de l’énergie magique qui y dormait. Le matin suivant, leurs esprits éveillés et leurs corps ressourcés, ils décidèrent de pousser plus loin l’exploration de la mine attenante à l’ancien bastion duergar.
L’ombre dans la pierre
Les godets suspendus grinçaient faiblement sous leur poids tandis qu’ils descendaient lentement vers les niveaux inférieurs, là où la roche devenait plus humide, plus ancienne, et plus capricieuse. Au bout d’un long tunnel en spirale taillé à même la montagne, les aventuriers débouchèrent dans une galerie plus étroite, où l’air était chargé d’un souffle stagnant.
À peine avaient-ils posé le pied sur la terre poussiéreuse qu’un bruit sourd se fit entendre. Un raclement contre la pierre. Puis un autre. Trois créatures aux corps serpentiniformes, armées de becs acérés et de tentacules barbelés, surgirent des ombres. Des Gricks, prédateurs souterrains, tapis dans l’obscurité.
Sans attendre, Legrolas dégaina ses dagues et se faufila dans les ombres, lançant une attaque sournoise contre la créature la plus proche. Eminos, l’œil alerte, banda son arc et décocha deux flèches en succession rapide. L’une d’elles se planta profondément dans le flanc d’un Grick, le faisant siffler de douleur. Avarielle appela la bénédiction de sa déesse, invoquant une lumière aveuglante qui força les créatures à reculer. Dragonos, quant à lui, invoqua la puissance de la nature pour canaliser une vague d’épines qui lacérèrent les flancs des monstres.
Le combat fut bref, mais intense. L’un des Gricks tenta de se replier, mais Legrolas l’acheva d’un jet de dague précis entre les deux yeux. Les autres gisaient déjà au sol, leurs corps tordus dans des convulsions finales.
Le filon oublié
Peu après leur victoire, alors qu’ils progressaient prudemment dans les boyaux de pierre, Dragonos s’arrêta, le regard attiré par une étrange lueur bleutée dans la paroi rocheuse. Il s’agenouilla, écarta quelques roches friables, et révéla un filon de géodes scintillant, oublié depuis des siècles.
« Voilà qui pourrait enrichir un peu la bourse de chacun, » fit remarquer Avarielle avec un sourire complice.
Ils dégagèrent les pierres précieuses avec soin. Chacun des quatre aventuriers récupéra un fragment d’une valeur estimée à quinze pièces d’or. Ce n’était pas un trésor fabuleux, mais dans une région comme celle-ci, c’était une belle trouvaille.
Une puanteur familière
Leur route les mena ensuite dans une section plus humide de la mine. L’air y était fétide, chargé d’un relent de décomposition. Leurs pas les menèrent jusqu’à une vaste salle, au centre de laquelle un amas de déchets organiques et d’objets rongés par l’acidité formait un monticule imposant.
« Je n’aime pas ça… » grogna Eminos, bandant son arc.
Son instinct ne le trompait pas. Deux silhouettes massives, à l’apparence de charognes vivantes dotées de trois tentacules et d’une gueule béante, surgirent du tas d’immondices. Des Otyughs, créatures répugnantes vivant dans les endroits les plus insalubres des Royaumes Oubliés, protecteurs de trésors corrompus et de puits oubliés.
Le combat fut brutal. L’une des créatures saisit Legrolas avec ses tentacules, le plaquant contre un mur de pierre. Le voleur eut juste le temps de dégainer sa lame et de trancher la chair gluante avant d’être projeté au sol. Dragonos se transforma en ours, rugissant de fureur, et s’élança contre l’autre bête, la mordant au cou tandis qu’Eminos tirait flèche après flèche pour le couvrir.
Avarielle, stoïque, invoqua un rayon sacré qui vint frapper la créature maintenant Dragonos en respect. Elle tituba et s’effondra dans un hurlement gluant. Finalement, l’ours écrasa la dernière sous sa masse, mettant fin à la menace.
Un trésor enfoui
Parmi les ossements et les restes de malheureux aventuriers passés là avant eux, les compagnons découvrirent un coffre partiellement rongé, mais intact. À l’intérieur reposait une arme brillante, légèrement enfoncée dans un écrin de cuir. Il s’agissait d’un pic de guerre magique, dont la tête était gravée de runes anciennes. L’arme rayonnait d’une douce lumière dorée, et Avarielle sentit tout de suite la présence d’une magie bénéfique.
« Ce pic est enchanté, » murmura-t-elle en le tenant entre ses mains. « Il peut canaliser le sort Lumière du Jour, une fois par jour. Un don des anciens. »
Dragonos hocha la tête, impressionné.
« Parfait pour déloger ce qui rôde dans les ténèbres. »
Ils poursuivirent leur exploration avec prudence. Dans une galerie latérale, Legrolas découvrit un petit autel effondré, dont les pierres cachaient un coffret en bronze. En l’ouvrant, ils y découvrirent une paire de bracelets de célérité, gravés de motifs félins. Avarielle les bénit, et les effets de l’enchantement furent immédiats : les mouvements de celui qui les portait étaient accélérés, ses réflexes décuplés.
« Voilà qui ira très bien à notre éclaireur, » déclara Eminos en les tendant à Legrolas.
Le roublard les enfila avec un sourire satisfait.
Le retour vers la lumière
Satisfaits de leurs trouvailles et estimant avoir nettoyé les lieux de toute menace immédiate, les aventuriers prirent la décision de quitter la mine. Leur mission était accomplie : le sanctuaire avait été purgé, Ruxidit vaincu, les fragments retrouvés, et les habitants de Phandaline pouvaient de nouveau espérer une paix durable.
La remontée vers la surface fut silencieuse, empreinte de la fatigue douce de ceux qui ont survécu au danger. La lumière du jour filtrait à travers l’entrée dissimulée de l’Escale de Zorzula, illuminant leurs visages sales mais victorieux.
Phandaline n’était plus qu’à quelques heures de marche. Le vent soufflait doucement sur les hauteurs des Monts des Épées, emportant avec lui les derniers soupirs de l’obscurité ancienne.
« J’ai hâte d’une bonne bière et d’un lit propre, » grogna Legrolas en ajustant son sac.
« Et moi d’un bain, » ajouta Avarielle avec un rire franc.
« Moi… d’un moment de silence, » conclut Dragonos en fixant l’horizon.
Eminos, comme toujours, restait en retrait, observant les alentours. Mais un sourire discret se dessinait sur ses lèvres. La quête continuait, et leurs pas les mèneraient bientôt vers d’autres dangers, d’autres mystères, et d’autres trésors.
Mais pour l’instant, ils rentraient à la maison.